L'accord de pêche UE–Guinée-Bissau : le protocole 2024-2029 en détail

La Guinée-Bissau est, avec la Mauritanie et le Groenland, l'un des trois pays avec lesquels l'Union européenne entretient un accord de pêche « mixte » en vigueur. Renouvelé en 2024 pour cinq ans, le protocole ouvre ses eaux à des chalutiers, des crevettiers et des thoniers européens contre 17 millions d'euros par an. Voici ce qu'il contient.
Un pays côtier aux eaux très productives
La Guinée-Bissau dispose d'un plateau continental large, alimenté par de vastes estuaires et des mangroves. Au large, l'archipel des Bijagós forme un ensemble d'îles et de chenaux unique sur la côte atlantique africaine ; ses écosystèmes côtiers et marins ont été inscrits en 2025 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, première inscription du pays, après avoir été reconnus comme zone humide d'importance internationale au titre de la convention de Ramsar. Ces milieux servent de nurseries à de nombreuses espèces de poissons et de crevettes exploitées plus au large.
La relation de pêche avec l'Europe remonte à 1980, selon la Commission. L'accord de partenariat actuel s'applique depuis le 16 juin 2007 et se reconduit tacitement par périodes de quatre ans ; il est mis en œuvre par des protocoles successifs, dont le dernier couvre la période 2024-2029.
Les possibilités de pêche
Contrairement à l'accord mauritanien, qui raisonne en tonnes, le protocole bissau-guinéen exprime les possibilités des chalutiers en jauge brute (GRT), c'est-à-dire en capacité des navires, et celles des thoniers en nombre de navires. La répartition publiée par la Commission est la suivante :
| Catégorie | Espagne | France | Italie | Grèce | Portugal |
|---|---|---|---|---|---|
| Chalutiers congélateurs, poissons et céphalopodes | 2 900 GRT | – | 375 GRT | 225 GRT | – |
| Chalutiers crevettiers | 2 500 GRT | – | – | 140 GRT | 1 060 GRT |
| Thoniers senneurs et palangriers | 14 navires | 12 navires | – | – | 2 navires |
| Thoniers canneurs | 10 navires | 3 navires | – | – | – |
La présentation en jauge plutôt qu'en tonnage est classique pour les pêcheries démersales d'Afrique de l'Ouest, mais elle rend plus difficile la comparaison entre les captures autorisées et l'état des stocks : c'est la déclaration des captures, contrôlée par les observateurs et les autorités du pays, qui permet de savoir ce qui est réellement pêché.
Les redevances des armateurs
Les armateurs paient, en plus de la contribution de l'Union, des redevances fixées par le protocole :
- chalutiers à poissons et céphalopodes : 310 euros par GRT et par an ; crevettiers : 434 euros par GRT et par an ;
- thoniers senneurs : 80 euros par tonne pendant les deux premières périodes, puis 85 euros ; canneurs et palangriers : 70 euros par tonne ;
- avances forfaitaires annuelles pour les thoniers : 5 500 euros par senneur, 3 600 euros par canneur ou palangrier, et 5 000 euros par navire d'appui ;
- frais d'observateurs : 10 000 euros par an et par chalutier.
Le coût des observateurs est à souligner : il finance la présence à bord de personnel désigné par les autorités nationales, l'un des rares moyens de vérifier en mer les captures et les rejets des chalutiers.
L'appui sectoriel : 4,5 millions d'euros par an
Sur les 17 millions d'euros versés chaque année par l'Union, 4,5 millions sont réservés à la stratégie nationale de pêche durable. La Commission en cite les priorités :
- le suivi et l'avis scientifiques sur l'état des ressources ;
- le contrôle et l'inspection, en particulier contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ;
- les infrastructures de gestion, de suivi, de contrôle et de surveillance des pêches ;
- la pêche artisanale durable et les communautés de pêche, y compris les femmes du secteur de la transformation ;
- la formation de l'administration des pêches et des communautés de pêcheurs.
La mention explicite des femmes transformatrices correspond à une réalité bien documentée en Afrique de l'Ouest : le fumage, le séchage et la vente du poisson sont très largement assurés par des femmes. Selon l'étude Illuminating Hidden Harvests publiée en 2023 par la FAO, l'université Duke et WorldFish, les femmes représentent près de la moitié (49,8 %) des personnes employées dans le segment après capture de la pêche artisanale dans le monde.
Comment l'accord est suivi
Deux instances encadrent la mise en œuvre du protocole. La commission mixte, qui réunit les représentants de l'Union et de la Guinée-Bissau, se réunit en principe une fois par an : elle examine les captures déclarées, le paiement des redevances, l'exécution de l'appui sectoriel et, si nécessaire, adapte certaines conditions techniques. Le comité scientifique conjoint, composé de chercheurs des deux parties, évalue l'état des ressources concernées et formule des avis sur les possibilités de pêche. Avant tout renouvellement, la Commission fait en outre réaliser une évaluation indépendante du protocole sortant, qui sert de base aux négociations suivantes. Ces documents sont l'une des rares sources publiques permettant de mesurer ce que pêchent réellement les navires européens dans la zone bissau-guinéenne, et la manière dont l'appui financier a été utilisé.
Points de vigilance
Comme pour les autres accords de partenariat, trois questions reviennent dans les débats. La première est scientifique : les stocks démersaux et de crevettes sont partagés avec les pays voisins, Sénégal et Guinée, et les données sur l'ensemble des prélèvements restent lacunaires. La deuxième porte sur la capacité de contrôle d'un État aux moyens limités face à des flottes étrangères de plusieurs origines, européennes et non européennes. La troisième concerne la transparence de l'usage de l'appui sectoriel, que la commission mixte de l'accord doit suivre chaque année. Les thoniers, eux, s'inscrivent dans une logique régionale décrite dans notre article sur les accords thoniers du golfe de Guinée.
Sources
- Commission européenne, page « Guinea-Bissau – Sustainable fisheries partnership agreement » : dates, possibilités de pêche, redevances, priorités de l'appui sectoriel (consultée le 27 octobre 2026).
- FAO, université Duke et WorldFish, Illuminating Hidden Harvests: The contributions of small-scale fisheries to sustainable development, résumé exécutif, Rome, 2023.
- UICN, communiqué de juillet 2025 sur les nouveaux sites naturels du patrimoine mondial ; Centre du patrimoine mondial de l'Unesco, fiche « Écosystèmes côtiers et marins de l'archipel des Bijagós – Omatí Minhô ».
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