Accords UE–Afrique

L'accord de pêche UE–Guinée-Bissau : le protocole 2024-2029 en détail

Accords UE–Afrique · Publié le 2026-10-27

Le quai de Pidjiguiti à Bissau, avec des embarcations de pêche et de transport amarrées
Le port de Pidjiguiti, à Bissau (Guinée-Bissau). Photographie de Pis bus (Wikivoyage), domaine public.

La Guinée-Bissau est, avec la Mauritanie et le Groenland, l'un des trois pays avec lesquels l'Union européenne entretient un accord de pêche « mixte » en vigueur. Renouvelé en 2024 pour cinq ans, le protocole ouvre ses eaux à des chalutiers, des crevettiers et des thoniers européens contre 17 millions d'euros par an. Voici ce qu'il contient.

Un pays côtier aux eaux très productives

La Guinée-Bissau dispose d'un plateau continental large, alimenté par de vastes estuaires et des mangroves. Au large, l'archipel des Bijagós forme un ensemble d'îles et de chenaux unique sur la côte atlantique africaine ; ses écosystèmes côtiers et marins ont été inscrits en 2025 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, première inscription du pays, après avoir été reconnus comme zone humide d'importance internationale au titre de la convention de Ramsar. Ces milieux servent de nurseries à de nombreuses espèces de poissons et de crevettes exploitées plus au large.

La relation de pêche avec l'Europe remonte à 1980, selon la Commission. L'accord de partenariat actuel s'applique depuis le 16 juin 2007 et se reconduit tacitement par périodes de quatre ans ; il est mis en œuvre par des protocoles successifs, dont le dernier couvre la période 2024-2029.

Les possibilités de pêche

Contrairement à l'accord mauritanien, qui raisonne en tonnes, le protocole bissau-guinéen exprime les possibilités des chalutiers en jauge brute (GRT), c'est-à-dire en capacité des navires, et celles des thoniers en nombre de navires. La répartition publiée par la Commission est la suivante :

CatégorieEspagneFranceItalieGrècePortugal
Chalutiers congélateurs, poissons et céphalopodes2 900 GRT–375 GRT225 GRT–
Chalutiers crevettiers2 500 GRT––140 GRT1 060 GRT
Thoniers senneurs et palangriers14 navires12 navires––2 navires
Thoniers canneurs10 navires3 navires–––

La présentation en jauge plutôt qu'en tonnage est classique pour les pêcheries démersales d'Afrique de l'Ouest, mais elle rend plus difficile la comparaison entre les captures autorisées et l'état des stocks : c'est la déclaration des captures, contrôlée par les observateurs et les autorités du pays, qui permet de savoir ce qui est réellement pêché.

Les redevances des armateurs

Les armateurs paient, en plus de la contribution de l'Union, des redevances fixées par le protocole :

Le coût des observateurs est à souligner : il finance la présence à bord de personnel désigné par les autorités nationales, l'un des rares moyens de vérifier en mer les captures et les rejets des chalutiers.

L'appui sectoriel : 4,5 millions d'euros par an

Sur les 17 millions d'euros versés chaque année par l'Union, 4,5 millions sont réservés à la stratégie nationale de pêche durable. La Commission en cite les priorités :

La mention explicite des femmes transformatrices correspond à une réalité bien documentée en Afrique de l'Ouest : le fumage, le séchage et la vente du poisson sont très largement assurés par des femmes. Selon l'étude Illuminating Hidden Harvests publiée en 2023 par la FAO, l'université Duke et WorldFish, les femmes représentent près de la moitié (49,8 %) des personnes employées dans le segment après capture de la pêche artisanale dans le monde.

Comment l'accord est suivi

Deux instances encadrent la mise en œuvre du protocole. La commission mixte, qui réunit les représentants de l'Union et de la Guinée-Bissau, se réunit en principe une fois par an : elle examine les captures déclarées, le paiement des redevances, l'exécution de l'appui sectoriel et, si nécessaire, adapte certaines conditions techniques. Le comité scientifique conjoint, composé de chercheurs des deux parties, évalue l'état des ressources concernées et formule des avis sur les possibilités de pêche. Avant tout renouvellement, la Commission fait en outre réaliser une évaluation indépendante du protocole sortant, qui sert de base aux négociations suivantes. Ces documents sont l'une des rares sources publiques permettant de mesurer ce que pêchent réellement les navires européens dans la zone bissau-guinéenne, et la manière dont l'appui financier a été utilisé.

Points de vigilance

Comme pour les autres accords de partenariat, trois questions reviennent dans les débats. La première est scientifique : les stocks démersaux et de crevettes sont partagés avec les pays voisins, Sénégal et Guinée, et les données sur l'ensemble des prélèvements restent lacunaires. La deuxième porte sur la capacité de contrôle d'un État aux moyens limités face à des flottes étrangères de plusieurs origines, européennes et non européennes. La troisième concerne la transparence de l'usage de l'appui sectoriel, que la commission mixte de l'accord doit suivre chaque année. Les thoniers, eux, s'inscrivent dans une logique régionale décrite dans notre article sur les accords thoniers du golfe de Guinée.

Sources