Pêche artisanale

La pêche artisanale en Afrique de l'Ouest : pirogues, débarquements et concurrence pour la ressource

Pêche artisanale · Publié le 2026-10-27

La jetée de pêche de Mbour au Sénégal, avec des pirogues échouées sur la plage et un bâtiment blanc où le poisson est découpé
Le quai de pêche de Mbour (Sénégal). Photographie de KVDP, domaine public.

Sur les plages de Saint-Louis, Kayar, Joal ou Nouakchott, l'arrivée des pirogues en fin de journée rythme la vie de villes entières. La pêche dite artisanale, ou à petite échelle, fournit l'essentiel du poisson consommé en Afrique de l'Ouest et l'essentiel des emplois du secteur. C'est aussi elle qui se trouve en première ligne lorsque l'on discute d'accords de pêche, de licences étrangères ou d'usines de farine.

Qu'appelle-t-on « pêche artisanale » ?

Il n'existe pas de définition internationale unique. Chaque pays fixe ses propres critères, le plus souvent selon la taille et le type d'embarcation, la puissance du moteur ou l'engin utilisé. En Afrique de l'Ouest, l'image la plus répandue est celle de la pirogue en bois, monoxyle ou en planches, parfois longue de plus de vingt mètres, motorisée par un hors-bord et embarquant d'une poignée à plusieurs dizaines de pêcheurs selon la technique. On y pêche à la ligne, au filet maillant, à la senne tournante pour les sardinelles, au casier ou à la palangre.

Ce qui distingue cette pêche est moins la taille du bateau que l'organisation : des unités familiales ou villageoises, des débarquements sur la plage ou sur des quais sommaires, une vente rapide du poisson frais et une transformation sur place. Les Directives de la FAO insistent sur cette diversité et invitent les États à tenir compte de la réalité locale plutôt qu'à imposer une définition unique ; nous les présentons dans un article dédié.

De la pirogue au marché

  1. Le débarquement. Les pirogues rentrent sur la plage, où le poisson est déchargé à la main, souvent dans des caisses ou des bassines. Les mareyeurs et mareyeuses achètent directement au bord de l'eau, au poids, à la caisse ou au tas.
  2. Le mareyage. Une partie du poisson frais part vers les marchés urbains, sous glace quand elle est disponible, dans des camions qui remontent vers les grandes villes et parfois vers les pays voisins, jusqu'au Mali ou au Burkina Faso.
  3. La transformation. Ce qui n'est pas vendu frais est fumé, séché, salé ou fermenté, sur des sites de transformation tenus en grande majorité par des femmes. Le poisson transformé se conserve et voyage loin à l'intérieur du continent. Nous y consacrons un article : les femmes et la transformation du poisson.
  4. La consommation. Dans les pays côtiers, le poisson est la première source de protéines animales pour une grande partie de la population, en particulier sous forme de petits pélagiques bon marché.

Les espèces en jeu

Les pêcheurs artisans ciblent une grande variété d'espèces : mérous, dorades, soles, poulpes, seiches, crevettes côtières. Mais en volume, ce sont les petits pélagiques qui dominent : la sardinelle ronde et la sardinelle plate, l'ethmalose (appelée bonga ou kobo selon les pays), les chinchards et maquereaux. Ces poissons vivent en bancs, se déplacent le long de la côte avec les saisons et sont partagés entre plusieurs pays, du sud du Maroc à la Guinée. Leur abondance dépend fortement des conditions océaniques, notamment de l'upwelling côtier, qui varie d'une année à l'autre.

Leur évaluation scientifique relève du groupe de travail de la FAO sur les petits pélagiques d'Afrique du Nord-Ouest, dans le cadre du Comité des pêches pour l'Atlantique Centre-Est (COPACE). Ses rapports successifs ont plusieurs fois alerté sur la surexploitation des sardinelles et recommandé une réduction de l'effort de pêche à l'échelle régionale.

La concurrence pour la ressource

La pêche artisanale n'est pas seule sur ces stocks. Elle partage la zone côtière et le plateau continental avec plusieurs types de flottes :

Les incursions de chalutiers dans les zones réservées à la pêche artisanale, les collisions avec des pirogues et la destruction de filets sont des griefs anciens des organisations de pêcheurs. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée aggrave cette concurrence, mais elle n'est pas uniquement le fait de navires industriels : des pirogues pêchent aussi sans permis dans les eaux des pays voisins, utilisent des filets aux mailles trop petites ou capturent des juvéniles.

Des pêcheurs organisés

Les pêcheurs et transformatrices d'Afrique de l'Ouest se sont organisés à l'échelle locale, nationale et régionale. Des comités locaux de pêche, des fédérations nationales et des réseaux régionaux interviennent dans les débats sur les accords, les licences et la gestion des zones côtières. La Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), par exemple, figure parmi les organisations qui ont contribué à l'étude Illuminating Hidden Harvests. Ces organisations réclament surtout trois choses : l'accès prioritaire aux ressources côtières, la transparence sur les licences et les captures de toutes les flottes, et leur participation aux décisions de gestion.

Ces revendications ont trouvé un écho dans les engagements internationaux. Les Directives de la FAO sur la pêche artisanale reconnaissent les droits d'accès des communautés côtières ; l'accord de l'OMC sur les subventions à la pêche vise les aides qui alimentent la surpêche ; et la publication des listes de navires autorisés, comme l'a fait le Sénégal en 2024, répond à une demande ancienne de transparence.

Sources