La pêche artisanale en Afrique de l'Ouest : pirogues, débarquements et concurrence pour la ressource

Sur les plages de Saint-Louis, Kayar, Joal ou Nouakchott, l'arrivée des pirogues en fin de journée rythme la vie de villes entières. La pêche dite artisanale, ou à petite échelle, fournit l'essentiel du poisson consommé en Afrique de l'Ouest et l'essentiel des emplois du secteur. C'est aussi elle qui se trouve en première ligne lorsque l'on discute d'accords de pêche, de licences étrangères ou d'usines de farine.
Qu'appelle-t-on « pêche artisanale » ?
Il n'existe pas de définition internationale unique. Chaque pays fixe ses propres critères, le plus souvent selon la taille et le type d'embarcation, la puissance du moteur ou l'engin utilisé. En Afrique de l'Ouest, l'image la plus répandue est celle de la pirogue en bois, monoxyle ou en planches, parfois longue de plus de vingt mètres, motorisée par un hors-bord et embarquant d'une poignée à plusieurs dizaines de pêcheurs selon la technique. On y pêche à la ligne, au filet maillant, à la senne tournante pour les sardinelles, au casier ou à la palangre.
Ce qui distingue cette pêche est moins la taille du bateau que l'organisation : des unités familiales ou villageoises, des débarquements sur la plage ou sur des quais sommaires, une vente rapide du poisson frais et une transformation sur place. Les Directives de la FAO insistent sur cette diversité et invitent les États à tenir compte de la réalité locale plutôt qu'à imposer une définition unique ; nous les présentons dans un article dédié.
De la pirogue au marché
- Le débarquement. Les pirogues rentrent sur la plage, où le poisson est déchargé à la main, souvent dans des caisses ou des bassines. Les mareyeurs et mareyeuses achètent directement au bord de l'eau, au poids, à la caisse ou au tas.
- Le mareyage. Une partie du poisson frais part vers les marchés urbains, sous glace quand elle est disponible, dans des camions qui remontent vers les grandes villes et parfois vers les pays voisins, jusqu'au Mali ou au Burkina Faso.
- La transformation. Ce qui n'est pas vendu frais est fumé, séché, salé ou fermenté, sur des sites de transformation tenus en grande majorité par des femmes. Le poisson transformé se conserve et voyage loin à l'intérieur du continent. Nous y consacrons un article : les femmes et la transformation du poisson.
- La consommation. Dans les pays côtiers, le poisson est la première source de protéines animales pour une grande partie de la population, en particulier sous forme de petits pélagiques bon marché.
Les espèces en jeu
Les pêcheurs artisans ciblent une grande variété d'espèces : mérous, dorades, soles, poulpes, seiches, crevettes côtières. Mais en volume, ce sont les petits pélagiques qui dominent : la sardinelle ronde et la sardinelle plate, l'ethmalose (appelée bonga ou kobo selon les pays), les chinchards et maquereaux. Ces poissons vivent en bancs, se déplacent le long de la côte avec les saisons et sont partagés entre plusieurs pays, du sud du Maroc à la Guinée. Leur abondance dépend fortement des conditions océaniques, notamment de l'upwelling côtier, qui varie d'une année à l'autre.
Leur évaluation scientifique relève du groupe de travail de la FAO sur les petits pélagiques d'Afrique du Nord-Ouest, dans le cadre du Comité des pêches pour l'Atlantique Centre-Est (COPACE). Ses rapports successifs ont plusieurs fois alerté sur la surexploitation des sardinelles et recommandé une réduction de l'effort de pêche à l'échelle régionale.
La concurrence pour la ressource
La pêche artisanale n'est pas seule sur ces stocks. Elle partage la zone côtière et le plateau continental avec plusieurs types de flottes :
- des chalutiers industriels nationaux, dont certains appartiennent à des sociétés à capitaux étrangers, qui pêchent poissons de fond, céphalopodes et crevettes ;
- des navires étrangers sous licence, dans le cadre d'accords publics comme les accords de partenariat de l'Union européenne ou d'accords privés moins transparents ;
- des chalutiers pélagiques qui ciblent les petits pélagiques au large, notamment en Mauritanie ;
- et, depuis le milieu des années 2010, des usines de farine et d'huile de poisson qui achètent une partie des captures des pirogues elles-mêmes (voir notre article sur la farine et l'huile de poisson).
Les incursions de chalutiers dans les zones réservées à la pêche artisanale, les collisions avec des pirogues et la destruction de filets sont des griefs anciens des organisations de pêcheurs. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée aggrave cette concurrence, mais elle n'est pas uniquement le fait de navires industriels : des pirogues pêchent aussi sans permis dans les eaux des pays voisins, utilisent des filets aux mailles trop petites ou capturent des juvéniles.
Des pêcheurs organisés
Les pêcheurs et transformatrices d'Afrique de l'Ouest se sont organisés à l'échelle locale, nationale et régionale. Des comités locaux de pêche, des fédérations nationales et des réseaux régionaux interviennent dans les débats sur les accords, les licences et la gestion des zones côtières. La Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA), par exemple, figure parmi les organisations qui ont contribué à l'étude Illuminating Hidden Harvests. Ces organisations réclament surtout trois choses : l'accès prioritaire aux ressources côtières, la transparence sur les licences et les captures de toutes les flottes, et leur participation aux décisions de gestion.
Ces revendications ont trouvé un écho dans les engagements internationaux. Les Directives de la FAO sur la pêche artisanale reconnaissent les droits d'accès des communautés côtières ; l'accord de l'OMC sur les subventions à la pêche vise les aides qui alimentent la surpêche ; et la publication des listes de navires autorisés, comme l'a fait le Sénégal en 2024, répond à une demande ancienne de transparence.
Sources
- FAO, université Duke et WorldFish, Illuminating Hidden Harvests: The contributions of small-scale fisheries to sustainable development, résumé exécutif, Rome, 2023.
- FAO, Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l'éradication de la pauvreté, 2015.
- FAO, COPACE, rapports du groupe de travail sur l'évaluation des petits poissons pélagiques au large de l'Afrique du Nord-Ouest (dernière réunion documentée : Nouakchott, mai 2025).
- Commission européenne, page sur les accords de partenariat de pêche durable (consultée le 27 octobre 2026).
Pêche artisanaleLes Directives de la FAO
Droits d'accès, travail décent, égalité femmes-hommes, chaîne de valeur : le premier texte international consacré à la pêche artisanale.
Pêche artisanaleFarine et huile de poisson
Des sardinelles transformées en aliment pour l'aquaculture : l'essor des usines de farine de poisson et ses conséquences sur la côte ouest-africaine.
Pêche artisanaleLes femmes de l'après-capture
Près de la moitié des emplois après capture : le rôle des femmes transformatrices, leurs techniques et les difficultés qu'elles rencontrent.