Pêche artisanale

Les femmes et la transformation du poisson en Afrique de l'Ouest : fumage, séchage, commerce

Pêche artisanale · Publié le 2026-10-27

Une femme dispose des poissons sur une grille de fumage posée au-dessus d'un foyer
Disposition de poissons sur une grille de fumage. Photographie d'Abraham035, CC0.

Quand une pirogue accoste, le travail des pêcheurs s'arrête et celui d'une autre chaîne commence. Acheter le poisson sur la plage, le vider, le fumer, le sécher, le saler, le transporter et le vendre : en Afrique de l'Ouest, ces activités sont très majoritairement assurées par des femmes. Leur rôle, longtemps invisible dans les statistiques, est désormais mieux documenté.

Ce que mesurent les chiffres

Pendant longtemps, les statistiques officielles de la pêche ont compté les pêcheurs et les bateaux, rarement les personnes qui travaillent à terre. L'étude Illuminating Hidden Harvests, publiée en 2023 par la FAO, l'université Duke et WorldFish à partir de données de 58 pays, a tenté de combler ce manque. Ses estimations donnent un ordre de grandeur mondial : les femmes représentent 35 % de l'emploi le long de la chaîne de valeur de la pêche artisanale, soit environ 20,9 millions de personnes. Mais leur part varie fortement selon les maillons : 15,4 % dans les activités avant capture (fabrication et réparation d'engins, glace, appâts), 18,7 % dans la capture, 49,8 % après la capture.

Les auteurs soulignent que ces chiffres restent sous-estimés. Une grande partie du travail des femmes est informelle, non rémunérée ou saisonnière, et échappe aux enquêtes. Les femmes sont aussi plus présentes dans des activités rarement considérées comme de la « pêche », comme la collecte de coquillages à pied dans les estuaires et les mangroves.

Les techniques de transformation

La transformation répond à un besoin simple : conserver un produit très périssable dans des régions chaudes, souvent sans chaîne du froid, et l'acheminer loin de la côte. Les principales techniques sont :

Ces produits voyagent loin. Le poisson fumé ou séché de la côte est vendu sur les marchés des capitales, mais aussi dans les pays sahéliens, où il constitue une source de protéines animales accessible. Les transformatrices sont ainsi au cœur d'un commerce régional dont elles financent souvent elles-mêmes les achats, par des tontines ou des avances aux pêcheurs.

Le fumage et la santé

Les fours traditionnels, foyers ouverts ou fours en banco, produisent beaucoup de fumée. Les transformatrices y sont exposées de longues heures, avec des risques respiratoires et oculaires. La fumée dépose aussi sur le poisson des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés dont certains sont cancérogènes et dont la teneur dans les aliments est encadrée par des normes, notamment dans l'Union européenne et par les lignes directrices du Codex Alimentarius. Cela limite l'accès des produits fumés ouest-africains à certains marchés d'exportation.

Plusieurs générations de fours améliorés ont été diffusées. Le four Chorkor, du nom d'un quartier d'Accra au Ghana, a amélioré le rendement et réduit la consommation de bois. À partir de 2008, la FAO a travaillé avec le Centre national de formation des techniciens des pêches et de l'aquaculture du Sénégal pour concevoir un four qui conserve les avantages des modèles existants tout en réduisant les HAP : la technique FAO-Thiaroye, ou FTT, qui sépare la combustion du poisson et intègre un filtre à fumée et un collecteur de graisse. Selon la FAO, elle a été introduite dans 16 pays. L'organisation rappelle toutefois que la diffusion de ces fours doit tenir compte du contexte, en particulier de l'état des ressources : améliorer la transformation n'a de sens que si le poisson reste disponible.

La concurrence pour la matière première

C'est aujourd'hui la principale difficulté des transformatrices. Les petits pélagiques qu'elles fument et sèchent sont aussi recherchés par les usines de farine et d'huile de poisson, qui peuvent acheter de grandes quantités à un prix plus élevé, et ils sont pêchés par des flottes industrielles nationales et étrangères. Moins de poisson débarqué ou un poisson plus cher se traduit directement par moins de travail et moins de revenus pour des milliers de femmes, et par un renchérissement d'un aliment de base.

D'autres obstacles s'ajoutent : l'accès difficile au crédit, l'insécurité foncière des sites de transformation sur des plages convoitées par l'urbanisation ou le tourisme, le manque d'eau potable, d'électricité et d'installations sanitaires, et une faible représentation dans les instances qui décident de la gestion des pêches.

Ce que prévoient les textes

Les Directives de la FAO sur la pêche artisanale consacrent un chapitre à l'égalité femmes-hommes et un autre aux chaînes de valeur et à l'après-capture. Elles demandent aux États de reconnaître le travail des femmes, de garantir leur accès aux ressources, aux sites de débarquement et de transformation, et de les associer aux décisions. Certains accords de pêche de l'Union européenne en tiennent désormais compte : le protocole avec la Guinée-Bissau cite explicitement les femmes du secteur de la transformation parmi les priorités de l'appui sectoriel, et celui avec la Côte d'Ivoire mentionne l'emploi et la formation des femmes et des jeunes.

Ces engagements restent à traduire en investissements concrets : sites de transformation aménagés, fours améliorés, accès au crédit et à la glace, et surtout une gestion des petits pélagiques qui garantisse que le poisson continue d'arriver sur les plages, ce que développe notre article sur la pêche artisanale ouest-africaine.

Sources