Littoral et ports en France

Criées et ports de pêche en France : comment se vend le poisson, et quels sont les principaux ports

Littoral et ports en France · Publié le 2026-10-27

Photographie ancienne de pêcheurs en béret et vareuse déchargeant leur pêche dans des paniers d'osier sur le quai de Concarneau
Débarquement de la pêche à Concarneau (Finistère), au début du XXe siècle. Photographie de Paul Géniaux, domaine public.

Au petit matin, dans les grands ports de pêche français, les caisses de poisson défilent devant les acheteurs, et les prix s'affichent sur des écrans. La criée, ou halle à marée, est le premier maillon de la commercialisation du poisson frais pêché par les navires français. Comment fonctionne-t-elle, et quels sont les ports qui comptent ? Les chiffres de FranceAgriMer pour 2024 donnent une photographie précise.

Ce qu'est une halle à marée

Une halle à marée est un établissement, généralement géré par une chambre de commerce, une collectivité ou une société d'économie mixte, où se déroule la première vente du poisson débarqué. Les pêcheurs y déposent leurs captures, triées par espèce, par taille et par qualité ; les acheteurs agréés, mareyeurs, grossistes, poissonniers ou représentants de la grande distribution, les achètent. La halle assure la pesée, l'étiquetage, le contrôle sanitaire et la transmission des informations de vente aux autorités, ce qui en fait aussi un outil de traçabilité et de suivi des quotas.

Le mot « criée » rappelle l'époque où les prix étaient annoncés à voix haute. Aujourd'hui, la vente aux enchères est le plus souvent dégressive et électronique : le prix affiché descend jusqu'à ce qu'un acheteur appuie sur son boîtier. Beaucoup de halles permettent aussi les achats à distance.

Trois manières de vendre

Lorsqu'aucun acheteur ne se positionne, les organisations de producteurs peuvent racheter les lots. Ces rachats, 3 250 tonnes en 2024, ont des destinations variées : dons alimentaires, appâts, alimentation animale ou industrie.

Les principaux ports en 2024

FranceAgriMer publie chaque année les ventes déclarées par chaque halle. Voici les premières halles en valeur pour les navires français en 2024 :

Halle à maréeTonnes venduesValeur (M€)Prix moyen (€/kg)
Boulogne-sur-Mer18 17250,12,76
Le Guilvinec9 19944,54,84
Lorient9 76044,54,55
Les Sables-d'Olonne4 85237,77,76
Erquy10 04731,13,10
Saint-Quay-Portrieux9 65430,43,14
Saint-Jean-de-Luz5 75526,54,61
Port-en-Bessin9 41926,02,76

Ces écarts de prix moyen racontent des pêches différentes. Boulogne-sur-Mer, premier port en valeur, vend de gros volumes d'espèces à prix modéré, issues notamment de la pêche chalutière en Manche et mer du Nord. Les Sables-d'Olonne, avec moins de 5 000 tonnes, atteignent près de 38 millions d'euros grâce à des espèces à forte valeur, comme la sole ou le bar. Erquy, Saint-Quay-Portrieux et Port-en-Bessin doivent une grande part de leur activité à la coquille Saint-Jacques, dont la saison, encadrée strictement, s'étend de l'automne au printemps.

Les chiffres de 2024 montrent aussi une tendance : les volumes vendus par les navires français ont baissé de 5 % par rapport à 2023, tandis que le prix moyen a augmenté de 4 %. Certaines halles ont connu de fortes variations, comme Saint-Guénolé, dont les volumes ont reculé de plus de moitié.

Et le particulier, peut-il acheter à la criée ?

En principe, non : la vente en halle à marée est réservée aux acheteurs professionnels agréés, qui disposent d'un numéro d'acheteur et des installations sanitaires nécessaires. Le particulier achète son poisson auprès des poissonniers, des mareyeurs qui ont un étal de détail, ou directement auprès des pêcheurs autorisés à vendre une partie de leur pêche au consommateur, sur le quai ou au marché. Certaines communes ont aménagé des « criées de détail » ou des marchés au poisson à proximité du port, distincts de la halle professionnelle. Plusieurs halles proposent aussi des visites guidées, souvent organisées par l'office de tourisme ou la chambre de commerce, qui permettent d'assister à une vente aux enchères depuis une galerie et de comprendre le tri, la pesée et la fixation des prix.

Une activité liée à des règles européennes

Ce que débarquent les navires français dépend directement de la politique commune de la pêche : quotas fixés chaque année par le Conseil de l'Union, plans pluriannuels, obligation de débarquement, mesures techniques. Les ventes en criée servent d'ailleurs au suivi de ces quotas. La pêche française est aussi présente loin de ses côtes : les thoniers senneurs basés notamment à Concarneau pêchent dans l'océan Indien et au large de l'Afrique de l'Ouest, dans le cadre des accords de pêche de l'Union, et ne débarquent généralement pas leurs captures dans les halles métropolitaines.

Le port, cœur d'une commune

Au-delà des chiffres, un port de pêche structure la vie d'une commune : horaires décalés, emplois à terre dans le mareyage, la réparation navale ou l'avitaillement, marchés au poisson, fêtes de la mer, mais aussi circulation de camions frigorifiques et nuisances nocturnes. Les ports sont aussi exposés aux évolutions du littoral, comme le rappelle notre article sur le recul du trait de côte. Pour qui envisage de s'installer dans une commune de pêche, ces réalités sont développées dans notre guide vivre dans un port de pêche.

Sources