Accords UE–Afrique

L'accord de pêche UE–Mauritanie : catégories, tonnages, contrepartie et renouvellement de 2026

Accords UE–Afrique · Publié le 2026-10-27

Pêcheurs tirant un filet depuis la plage de Nouakchott, avec des pirogues en arrière-plan
Pêche au filet sur la plage de Nouakchott (Mauritanie). Photographie de Ji-Elle, domaine public.

Avec une contribution annuelle de 60,8 millions d'euros et un plafond de captures de l'ordre de 290 000 tonnes par an, l'accord entre l'Union européenne et la Mauritanie est, de très loin, le plus important des accords de pêche de l'Union. Son protocole actuel arrive à échéance le 14 novembre 2026. Ce qu'il prévoit, pour qui, et ce que l'on sait de la suite.

Un accord ancien et central

La Mauritanie possède l'une des zones de pêche les plus productives de la côte atlantique africaine. Au large du cap Blanc et du banc d'Arguin, la rencontre du courant froid des Canaries et des remontées d'eaux profondes, l'upwelling, nourrit d'importantes populations de petits poissons pélagiques, sardinelles, chinchards et maquereaux, ainsi que des céphalopodes, des crevettes et des poissons de fond. Les flottes européennes y pêchent dans un cadre conventionnel depuis 1987, selon la Commission. L'accord en vigueur, conclu pour six ans et reconductible, a été signé et appliqué à partir du 15 novembre 2021 ; il s'accompagne d'un protocole de cinq ans.

Le contexte mauritanien compte autant que le texte. Le pays a développé ses propres flottes et ses ports de débarquement, en particulier à Nouadhibou. Il accorde aussi des licences à des navires d'autres pays, dans le cadre d'accords bilatéraux ou de sociétés mixtes. Les navires européens ne sont donc qu'une partie des flottes industrielles présentes, ce qui complique toute évaluation du « reliquat » sur lequel repose, en principe, chaque accord de partenariat de pêche durable.

Les catégories de pêche

Le protocole ouvre huit catégories, dont l'une, les céphalopodes, ne prévoit aucune possibilité de pêche pour les navires européens : le poulpe, espèce à forte valeur pour les pêcheurs mauritaniens, ne leur est pas ouvert. Les chiffres ci-dessous sont ceux publiés par la Commission européenne.

CatégorieTonnage de référence ou maximalNavires au plus
Crustacés (hors langouste et crabe)5 000 t18
Merlu noir, chalutiers non congélateurs6 000 t4
Merlu noir, chalutiers congélateurs3 500 t de merlu, 1 450 t de calmar, 600 t de seiche6
Espèces démersales (engins autres que le chalut)3 000 t6
Thoniers senneurs14 000 t (référence)29
Canneurs et palangriers de surface7 000 t (référence)15
Chalutiers pélagiques congélateurs225 000 t19
Pélagiques non congélateurs15 000 t (déduites de la catégorie précédente)2
Céphalopodesaucune possibilité0

Les documents officiels ne donnent pas tous le même total : la Commission fait état de 280 050 tonnes par an sur sa page de présentation, d'autres documents de 287 050 tonnes, et le résumé du Parlement européen arrondit à 290 000 tonnes. Quelle que soit la référence, un fait domine : près de 80 % du volume ouvert concerne les petits pélagiques, pêchés par une vingtaine de grands chalutiers congélateurs. Dix États membres sont autorisés à pêcher : Allemagne, Espagne, France, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne et Portugal.

Ce que paient l'Union et les armateurs

La contribution annuelle de l'Union, 60,8 millions d'euros, se compose d'une part pour l'accès aux eaux mauritaniennes, de l'ordre de 57,5 millions d'euros par an selon le texte du protocole, et d'un appui sectoriel de 16,5 millions d'euros sur cinq ans, destiné à la stratégie nationale de pêche durable et aux communautés de pêche. Selon le résumé du Parlement européen, 7,5 millions d'euros de la contribution étaient conditionnés à l'adoption d'un nouveau plan de gestion des petits pélagiques.

Les armateurs, de leur côté, paient des redevances par tonne fixées par catégorie : 450 euros par tonne de crustacés, 100 euros pour le merlu noir, 75 euros par tonne pour les sardines et sardinelles, 140 euros pour le maquereau et le chinchard, 75 euros puis 80 euros pour les thons. Ces montants s'ajoutent à des avances annuelles par navire, de 1 000 à 5 000 euros selon la catégorie.

Les petits pélagiques, enjeu principal

Sardinelles, chinchards et maquereaux sont des stocks partagés : ils se déplacent le long de la côte entre le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie au gré des saisons et des températures. Leur évaluation relève du groupe de travail sur les petits pélagiques d'Afrique du Nord-Ouest du Comité des pêches pour l'Atlantique Centre-Est (COPACE) de la FAO, dont la dernière réunion documentée s'est tenue à Nouakchott en mai 2025. Ces poissons sont aussi au cœur de l'alimentation régionale et d'une industrie en pleine croissance, celle de la farine et de l'huile de poisson, très présente en Mauritanie. Toute décision sur le tonnage européen se lit donc à l'échelle de la sous-région, et pas seulement de la ZEE mauritanienne.

L'accord prévoit pour cette raison un comité scientifique conjoint ; la Commission a publié les rapports de ses réunions de 2019, 2021, 2022, 2023, 2024, dont une réunion extraordinaire en novembre 2024, et 2025.

Vers un nouveau protocole

Le protocole expire le 14 novembre 2026. Le Conseil a autorisé la Commission, le 20 janvier 2026, à ouvrir des négociations pour un nouveau protocole de mise en œuvre ; selon la Commission, un quatrième cycle de négociations s'est tenu en juin 2026, suivi de réunions techniques, et le commissaire chargé de la pêche a confirmé le 29 septembre 2026 qu'aucun nouveau protocole n'avait encore été conclu. L'évaluation du protocole sortant recommande de renégocier en ajustant les possibilités de pêche à leur utilisation probable par la flotte européenne, c'est-à-dire aux captures effectivement réalisées. À la date de publication de cet article, nous n'avons pas trouvé d'annonce officielle de conclusion d'un nouveau protocole ni de prolongation ; cette page sera mise à jour dès qu'un texte sera publié.

Plusieurs questions seront suivies de près par les organisations professionnelles et la société civile : l'ampleur des possibilités de pêche sur les petits pélagiques, la part réservée à l'appui sectoriel et à la pêche artisanale, les obligations de débarquement et d'embarquement de marins mauritaniens, et la transparence sur l'ensemble des navires étrangers présents dans la ZEE. La Mauritanie adhère d'ailleurs depuis plusieurs années à l'initiative pour la transparence des pêches (FiTI), qui l'engage à publier des informations sur les licences et les accords.

Pour aller plus loin

La Mauritanie n'est pas le seul accord mixte d'Afrique de l'Ouest : celui de la Guinée-Bissau, renouvelé en 2024, repose sur une logique comparable à une échelle plus réduite.

Sources