Accords UE–Afrique

Accords thoniers de l'UE en Afrique de l'Ouest : Côte d'Ivoire, Cap-Vert, São Tomé-et-Principe

Accords UE–Afrique · Publié le 2026-10-27

Un thonier senneur français à quai, avec son grand mât, sa senne et un hélicoptère sur la passerelle
Thonier senneur français à quai à Mahé (Seychelles). Photographie de Jose Cort, domaine public. Illustration générale de ce type de navire.

Les thons tropicaux ne connaissent pas les frontières maritimes : albacore, listao et thon obèse parcourent le golfe de Guinée et la côte ouest-africaine au fil des saisons. Pour que les thoniers européens puissent les suivre, l'Union a conclu une série d'accords « thoniers », plus légers que les accords mixtes. Le protocole avec la Côte d'Ivoire, renouvelé en 2025, en est un bon exemple.

Pourquoi des accords « thoniers »

Un thonier senneur océanique suit les bancs sur des milliers de kilomètres. Sans accord, il devrait s'arrêter à la limite de chaque zone économique exclusive (ZEE), dans laquelle la pêche relève de l'État côtier. Les accords thoniers lui donnent un droit d'accès à plusieurs ZEE successives, pour les seules espèces de thons et apparentées. Leur logique est donc différente de celle des accords mixtes : ils ne portent pas sur un stock local, mais sur des stocks migrateurs gérés à l'échelle de l'océan.

Dans l'Atlantique, cette gestion revient à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), dont l'Union et la plupart des États côtiers d'Afrique de l'Ouest sont membres. C'est elle qui fixe les limites de captures, les fermetures saisonnières et les règles techniques ; les accords bilatéraux doivent s'y conformer.

Le protocole ivoirien en détail

La Côte d'Ivoire est liée à l'Union par un accord de pêche depuis 1990. L'accord de partenariat actuel s'est appliqué d'abord du 1er juillet 2007 au 30 juin 2013, puis s'est reconduit par périodes de six ans. Le protocole en vigueur couvre la période du 6 juin 2025 au 5 juin 2029. Seuls trois États membres sont concernés : l'Espagne, la France et le Portugal.

ÉlémentValeur publiée par la Commission
Thoniers senneurs congélateurs25 (Espagne 14, France 11)
Palangriers de surface7 (Espagne 5, Portugal 2)
Tonnage de référence6 100 tonnes par an
Contribution totale de l'UE740 000 euros par an
dont appui sectoriel435 000 euros par an
Redevance des armateurs80 euros par tonne jusqu'au 5 juin 2027, puis 85 euros
Avance annuelle par senneur12 000 euros, puis 12 750 euros
Avance annuelle par palangrier4 000 euros, puis 4 250 euros

Le « tonnage de référence » n'est pas un plafond : c'est la quantité sur laquelle est calculée la contribution de l'Union. Si les captures le dépassent, les armateurs paient des redevances supplémentaires par tonne. Le protocole couvre aussi les navires d'appui des senneurs, moyennant 3 500 euros par an.

Fait notable, l'appui sectoriel représente ici plus de la moitié de la contribution publique. Ses priorités, selon la Commission, sont l'amélioration des connaissances scientifiques, le développement d'une pêche artisanale et d'une aquaculture durables, l'emploi et la formation des communautés de pêche, en particulier des femmes et des jeunes, et le contrôle, y compris contre la pêche illicite.

Le reste de la façade atlantique

La liste publiée par la Commission en 2026 permet de dresser une carte simple des accords thoniers de la région :

Les thoniers européens disposent en outre d'un accès dans le cadre des accords mixtes avec la Mauritanie et la Guinée-Bissau. Depuis l'expiration du protocole sénégalais en novembre 2024, la zone sénégalaise ne leur est plus ouverte.

Les débats propres à la pêche thonière

Les accords thoniers suscitent moins de controverse que les accords mixtes, parce que les thons tropicaux sont peu pêchés par les pirogues et que les stocks sont évalués par l'ICCAT. Plusieurs questions restent néanmoins discutées.

Les dispositifs de concentration de poissons (DCP). Une grande partie des senneurs pêchent sous des objets flottants, naturels ou artificiels, autour desquels les thons se regroupent. Cette technique augmente les captures de juvéniles, notamment de thon obèse, et les prises accessoires ; l'ICCAT encadre le nombre de DCP par navire et impose des périodes de fermeture. La perte de DCP en mer et leur échouage sur les côtes sont également dénoncés par des organisations de protection de l'environnement.

Les débarquements et la valeur ajoutée locale. Les captures des senneurs sont en partie transbordées ou débarquées dans de grands ports thoniers de la région, comme Abidjan, dont les conserveries emploient une main-d'œuvre importante. Les États côtiers cherchent à augmenter cette part débarquée et transformée localement.

Ces flottes ont aussi des attaches en Europe : une partie des thoniers senneurs français est armée depuis des ports bretons, ce qui relie la pêche tropicale à la vie des ports de pêche de la côte française.

Le poids réel de la contribution. Quelques centaines de milliers d'euros par an représentent peu au regard de la valeur des captures. La question de la juste rémunération de l'accès revient à chaque renégociation, comme celle de l'utilisation concrète de l'appui sectoriel.

Le contrôle à bord et au port

Comme les autres accords de l'Union, les protocoles thoniers imposent des obligations de suivi aux navires autorisés : équipement de localisation par satellite, déclaration des captures, communication à l'entrée et à la sortie de la zone, et embarquement d'observateurs désignés par l'État côtier selon des modalités fixées par le protocole. Ces observateurs contribuent aussi aux programmes régionaux de l'ICCAT, qui collectent des données sur les captures, les prises accessoires et l'usage des DCP. Les débarquements et transbordements dans les ports de la région peuvent en outre être inspectés par l'État du port, dans le cadre de l'accord de la FAO sur les mesures du ressort de l'État du port. Pour les États côtiers, ces informations sont précieuses : elles permettent de connaître l'activité réelle des flottes thonières étrangères dans leurs eaux.

Sources